Série Métiers #12 : ingénieure d’études environnementales chez Gerac

Série Métiers #12 : ingénieure d’études environnementales chez Gerac

Parer les menaces avions comme la foudre et les champs électromagnétiques : au sein de la société Gerac à Blagnac, Aude Bardaud est l’oeil du spéclaliste au service d’Airbus et des constructeurs de systèmes.

Elle était plutôt timide – elle l’est toujours à ses dires – mais passionnée de physique et fille et petite-fille d’ingénieurs, c’est tout naturellement en école d’ingénieurs qu’Aude Bardaud s’est formée à 20 ans, après un bac scientifique et un deug en science de la matière à l’Université Paul Sabatier de Toulouse. L’avion ? Elle aime le produit mais n’a pas forcément anticipé de travailler dans l’aéronautique, même si le fait d’habiter depuis toute petite dans  une ville comme Blagnac, siège d’Airbus, lui a toujours fait côtoyer les géants du ciel.

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Pour terminer son école, l’INSA Toulouse, elle effectue en 2006 un stage de six mois au sein de la société Gerac, filiale de Thales spécialisée dans la compatibilité et les interférences électromagnétiques et dans la protection des avions contre la foudre. Un stage qui lui vaut d’être embauchée : voilà donc plus de 10 ans qu’Aude Bardaud travaille chez Gerac comme ingénieure d’études environnementales, pour le compte d’Airbus. Son cœur de métier : l’étude de la comptabilité électromagnétique (CEM) et depuis 2015, l’environnement mécanique et climatique, qui concernent les systèmes d’un avion.

« La CEM, c’est vue comme de la magie noire », sourit la jeune femme de 34 ans. On ne voit pas le phénomène, alors que cela peut planter un système ! » Les menaces les plus communes sont les champs électromagnétiques des radars et des satellites qui rayonnent sur l’avion et peuvent créer des effets parasites sur les systèmes électroniques de l’avion (dont les commandes de vol). Et bien sûr, la foudre qui tombe sur l’avion.

Un métier de critique technique et une dose de relationnel

Quelle est donc la journée type de cette ingénieure maman d’un petit garçon ? De 8h à 18h environ, elle travaille entièrement en support. « Nous sommes contactés par un département d’Airbus qui cherche des éclaircissements sur telle exigence, qui doit écrire un contrat ou une spécification, ou qui transmet le problème d’un fournisseur… Nous devons donc expliquer, valider les documents qui traitent de ce domaine, vérifier que le fournisseur a bien appliqué les essais sur tel système, etc. » Bref : réaliser la critique technique, être l’œil de spécialiste d’Airbus en matière de comptabilité électromagnétique et d’environnement mécanique et climatique.

Un métier de bureau donc, mais également de contact, comme l’explique Aude Bardaud. « Je mets  en œuvre tous les jours cette expertise technique, en rencontrant souvent les sociétés fournisseurs, les responsables systèmes d’Airbus : c’est un métier de contact. On ne travaille jamais seul. » Les qualités indispensables à avoir pour être ingénieur d’études environnementales ? Sans hésiter, « avoir beaucoup de rigueur et de minutie », car l’erreur n’est pas possible, pouvant mettre en jeu la sécurité de l’avion en vol.

Mais être un spécialiste n’exclut pas les moments d’émotion. La jeune femme se souvient de moments forts au cours de sa vie professionnelle : le premier vol de l’avion militaire d’Airbus, l’A400m, à Séville, retransmis sur grand écran chez Airbus où elle s’était rendue. Tout comme le premier vol de l’Airbus A350, cette fois ‘en live’ sur le tarmac d’Airbus tout près de Gerac… Aude Bardaud se souvient : « En matière de compatibilité électromagnétique, le travail sur l’A400M a été plus complexe car c’est un avion militaire. L’A350 nous a aussi donné du fil à retordre car c’est avion qui est composé en grande partie de matériaux composites. Le composite rajoute un enjeu supplémentaire, car l’impact de la foudre sur ce type de matériau a des conséquences plus importantes sur les systèmes de l’avion que sur du métallique. »

Après l’A400M et l’A350, l’ingénieure de Gerac est aujourd’hui un support technique sur tous les différents avions Airbus. Elle a même planché sur les turbopropulseurs d’ATR. Aujourd’hui, il n’y a plus de nouveaux programmes d’avions, mais les systèmes continuent d’être modifiés, modernisés, dotés de nouvelles options, comme les systèmes wifi en cabine. L’obsolescence des composants électroniques par exemple oblige les fournisseurs à les changer : à chaque fois, il faut que ce dernier en fasse la démonstration, qui sera validée par Gerac. « Nous sommes l’anti-parasite », sourit Aude Bardaud.

Le petit milieu du CEM

Avec un salaire de 2500 à 3000 euros net par mois environ, ce métier  permet de rentrer dans « un petit monde », celui des spécialistes de l’électromagnétique dans les entreprises de la filière aéronautique. « Tout le monde se connaît », précise notre ingénieure toulousaine. Et l’évolution professionnelle ? Avec un champ technique récemment élargi au domaine mécanique et climatique, Aude Bardaud étend sa vision et cela lui plaît. « Je n’ai pas d’ambition dans le management. Mon évolution au sein de Gerac sera plutôt sur le plan technique. » Et condition essentielle, « continuer à aimer ce que je fais ».

Etre une femme dans un secteur majoritairement masculin, est-ce un problème ? Pour la jeune femme, pas du tout. Au contraire, même ! « Notre société est peu féminisée, reconnaît-elle, habituée depuis le temps de ses études scientifiques. Côté clients, c’est la même chose. Mais j’aime bien travailler avec des hommes. Parfois, on est un peu chouchoutée ! » Elle apprécie aussi la taille de sa PME, 80 salariés, qui permet aux salariés de bien se connaître, de vivre une certaine proximité avec sa hiérarchie.

Un seul regret : ne pas être assez intégré au groupe Thales, dont Gerac est l’une des filiales. « On aimerait profiter des avantages et des forces du groupe… » confie l’ingénieure. Avant de repartir vers son bureau, magicienne détentrice d’un savoir un peu mystérieux grâce auquel nos avions se protègent de la foudre céleste et des champs électromagnétiques..

BIO EXPRESS

Formation : Deug en sciences de la matière à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, puis INSA Toulouse en génie physique.
Entrée chez Gerac : 2006.