Série Métiers #14 : peintre avion chez Satys Sealing & Painting

Série Métiers #14 : peintre avion chez Satys Sealing & Painting

A Toulouse, chez Satys Sealing & Painting, ex-STTS, Sébastien Roubin est chargé de peindre des Airbus A320. Un métier exigeant, physique, qui demande de vraies capacités de travail en équipe.

C’est un vaste hall au cœur duquel un albatros de métal est posé, entièrement recouvert d’échafaudages. En fond sonore, une radio résonne pour donner du cœur à l’ouvrage à l’équipe qui a la lourde tâche de maquiller en beauté l’avion bientôt livré à une compagnie aérienne. Sébastien Roubin, 29 ans, est l’un d’entre eux. Pourtant, ce n’était pas des avions qu’il voulait peindre : c’était des voitures. En 2007, un BEP en poche, le jeune homme originaire de Montauban (Tarn-et-Garonne) part en Alsace pour se former pendant deux ans dans l’un des meilleurs centres de formation en carrosserie.

Il participe notamment aux Olympiades des métiers, et finit 3e de la région Alsace en carrosserie. A 20 ans, il réussit son certificat de qualification professionnelle (CQP) et retourne à Montauban pour chercher du travail. Sauf qu’en 2009, le secteur automobile est en crise… Il trouve alors une mission en intérim chez STTS désormais dénommée Satys Sealing & Painting à Toulouse, comme peintre aéronautique, accompagné les six premiers mois par un tuteur. Au bout de 18 mois, il signe un CDI.

Pourtant, « les premiers mois ont été compliqués », confie Sébastien Roubin. Par rapport à l’automobile, l’avion exige des critères de qualité différents, un travail en équipe… » Mais ce changement de produit est facilité par son histoire familiale : avec un père mécanicien sur hélicoptère et une mère parachutiste dans l’armée, il a plutôt baigné dans les aéronefs ! Les déplacements nécessaires sur d’autres sites de Satys Sealing & Painting dans le monde, à Séville, Amsterdam et Dubaï, ont achevé de séduire le jeune homme friand d’aventure.

Peindre un avion est loin d’être un jeu d’enfant. Il faut compter en moyenne six jours pour peindre un appareil neuf, livré par le voisin Airbus. Un délai plus long lorsqu’il s’agit d’un travail de maintenance. L’appareil arrive seulement recouvert d’un primaire vert, il faut placer tous les échafaudages autour (« docker l’avion »), puis faire vérifier par un contrôleur mécanique qu’il n’y a pas de dommage par exemple sur les antennes et les joints.

Les missions du peintre.

Six peintres se partagent l’avion : chacun a sa zone (uniquement le fuselage : les ailes et la dérive sont déjà peintes par Airbus). Protégés par un masque et une combinaison, ils rentrent alors dans le vif du sujet. « On lave l’avion pour le dégraisser, à la main, décrit Sébastien Roubin.

On installe des masques sur les parties à protéger de la peinture, puis on ponce pour lisser la sous-couche verte, de manière à créer une accroche mécanique pour la peinture. Après avoir soufflé de l’air  pour enlever les particules, on lave l’avion avec des lingettes. On place  les masques définitifs de manière très minutieuse sur les sondes, les intérieurs des portes, les antennes, etc. »

Les peintres s’équipent de pistolets électrostatiques et appliquent sur leur zone une sous-couche qui doit protéger la carlingue. Une phase d’étuve s’ensuit, souvent la nuit, pour sécher le primaire.

« On repeint ensuite l’avion avec une peinture finale, d’une teinte demandée par le client, souvent blanche. Après le séchage, on passe à la décoration. » Un travail compliqué qui nécessite d’ailleurs une qualification supplémentaire en interne, celle de traceur-décorateur.

A l’aide de pochoirs adhésifs, on dessine des lettres, on trace manuellement des bandes ou des ronds, pour créer le logo ou le nom de la compagnie aérienne par exemple. Les teintes de décoration sont appliquées, suivies par des retouches à l’aide de pinceaux. Il ne faut pas se tromper : si l’on rate le logo de l’avion, il faudra le refaire !

Une autre compétence rentre dans la danse, celle du marquage technique : coller des étiquettes (chiffres, ‘exit’, ‘open’ …) sur le fuselage. Un exercice qui exige patience et minutie : quand l’étiquette est collée, on ne peut plus la repositionner.
Pour finir, nos six peintres recouvrent tout le fuselage d’un vernis transparent, qui donne cet aspect brillant à l’avion. Séchage, démasquage de tout l’avion : il se révèle enfin avec son habillage final. Place aux retouches pinceaux du côté des portes et de la voilure, avant l’arrivée de contrôleurs qualité de Satys Sealing & Painting et d’Airbus qui valident, puis l’appareil est présenté au client. L’avion repart chez Airbus qui doit effectuer le montage des moteurs, les essais en vol… Mais pour les peintres la mission est terminée… avant d’accueillir un nouvel aéronef.

Cohésion indispensable.

Dans ce métier, Sébastien Roubin apprécie particulièrement le travail d’équipe. « L’esprit d’équipe, la cohésion sont essentiels, notamment pendant les phases difficiles comme le ponçage, ou stressantes comme le traçage déco.

On aide les camarades quand on a fini. » Certaines phases ont sa préférence, comme la décoration qui nécessite une vraie réflexion. Quelles qualités faut-il donc avoir pour être un bon peintre aéronautique ?

« Ne pas être un loup solitaire, avoir l’esprit de groupe ; être minutieux, aimer les avions et la peinture », énumère le Toulousain. Il faut aussi être manuel : c’est un métier physique, parfois usant, qui a l’avantage de remplacer la salle de sport !

Les femmes y ont tout à fait leur place, « elles s’en sortent mieux que certains garçons », sourit Sébastien.
Aujourd’hui, il a grimpé dans les échelons : de peintre, il est passé leader d’équipe pendant huit mois (tout en restant peintre) puis chef d’équipe en février dernier. Une belle progression pour ce jeune homme de 29 ans au caractère déterminé.
BIO EXPRESS

Age : 29 ans.
Formation : BEP, puis certificat de qualification professionnelle en carrosserie.
Entrée chez Satys Sealing & Painting : 2009 en intérim, 2011 en CDI.