Série Métiers #2 : Technicien de test électronique sur missiles chez MBDA

Série Métiers #2 : Technicien de test électronique sur missiles chez MBDA

29 janvier 2018 0 Par Alexandre Andriesse

Technicien en électronique, Vincent Jager teste, mesure et valide tous les sous-ensembles d’un missile juste avant l’intégration finale. Un rôle crucial, peu connu des jeunes diplômé(e)s.

Il faut montrer patte blanche pour rencontrer Vincent Jager sur son lieu de travail. L’usine française d’intégration des missiles de MBDA est un lieu hautement sécurisé, invisible de la route et enfoui sous les pins et les chênes de l’immense forêt de Sologne. L’accréditation est longue à obtenir, la carte de visite Air et Cosmos facilite les choses.

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Vincent Jager, 35 ans, y occupe le poste de responsable des bancs de tests, à proximité immédiate des cellules d’assemblage en zone Atex, à risque d’explosion. Des portes blindées et des murs épais rappellent qu’il ne s’agit pas d’un vain mot.
« Ce métier de technicien est méconnu mais crucial car il valide le bon fonctionnement de tous les sous-ensembles juste avant la présentation finale aux clients. Cette étape valide que tout fonctionne », résume Benoit Hiault, directeur de l’usine de Selles-Saint-Denis, près de Romorantin, où le missilier assemble des munitions de moyenne et longue portée, des Mica, des Exocet, des Scalp… destinées à près de 90 armées dans le monde.

Lettre manuscrite

La responsabilité n’est pas mince : « un missile n’est pas un produit industriel comme un autre, il ne va être mis en œuvre qu’une fois », indique Benoit Hiault. Pas le droit à l’erreur tout au long du process de production, encore moins lorsqu’on approche de la livraison. A l’inverse de l’automobile ou de l’électroménager, le fabricant ne fait pas de rappel. Un missile, c’est un peu comme une allumette, on sait qu’elle est conforme une fois qu’on s’en est servi.
Ambiance silencieuse et calme dans les ateliers, les collègues de Vincent Jager sont discrets, les échanges sont mesurés. Dans les allées, tout est propre et rangé. Le temps semble suspendu dans cette usine de 280 salariés qui tourne en 2×8 afin de répondre aux commandes qui s’accroissent. Malgré la pression des clients qui attendent leurs munitions, « l’atmosphère reste propice à une prise de décision sereine et réfléchie. La précipitation est un ennemi », remarque Benoit Hiault.
Vincent Jager a découvert ce métier presque par hasard. Salarié d’un sous-traitant de MBDA, Auxitrol-Esterline à Bourges, il avait d’abord postulé de façon classique, en répondant à une annonce pour l’usine de Bourges-Subdray dédiée aux composants électroniques. « Je ne soupçonnais même pas l’existence de l’usine de Selles-Saint-Denis », s’étonne-t-il aujourd’hui. Après plusieurs tentatives, ce technicien formé à l’électronique dans une école de Marne-la-Vallée, a envoyé une lettre manuscrite. « C’est ma femme qui m’a poussé à le faire, elle a eu raison », rigole-t-il. Une lettre qui a fait mouche, puisqu’il a été recruté puis aiguillé vers ce poste si particulier.
Depuis sa sortie de l’Ecole supérieure de techniciens en électronique (ESTE), qu’il a intégré après avoir tentté une classe prépa, Vincent Jager a toujours travaillé dans des labos d’électronique. « Au fil du temps, je suis devenu spécialiste des mesures en salle blanche. Mais ça m’a coupé du terrain, de la production, et quand j’ai cherché un nouvel emploi en 2009, je n’ai rien trouvé d’emblée, d’autant que ces postes sont surtout sur Paris. J’ai même envisagé une formation en CAO », raconte-t-il.

« Grouillot » pour un rockeur indé

Le travail d’électronicien en laboratoire était certes prestigieux, mais il avait un autre inconvénient pour ce technicien avide de concret : « on voit rarement l’aboutissement d’un projet, puisque nous travaillons sur une brique technologique qui va intégrer un ensemble plus vaste », dit-il.
Aujourd’hui, Vincent Jager assure l’interface entre les bureaux d’études et les ateliers d’assemblage, où les opérateurs n’interviennent qu’en nombre très limité, mais aussi tous ceux qui interviennent encore à ce stade de la production, notamment pour l’élaboration des bancs et des programmes de tests, bardés de capteurs. « Nous découvrons sans cesse de nouvelles technologies de pointe, c’est passionnant », souligne-t-il.
Même si ce n’est pas le responsable des tests qui assemble, il reste au contact direct du produit fini : et pas n’importe lequel, un missile qui sera monté sur un Rafale ou une frégate.
Vincent Jager, qui avait renoncé aux écoles d’ingénieur lorsqu’il était étudiant, se sent bien dans sa vie de technicien supérieur. Pour l’instant, il ne se voit pas suivre les cours du soir du programme ingénieur de MBDA. « Ce métier me laisse du temps pour ma famille et mes passions », assure ce guitariste amateur, qui assume son job de « grouillot » pour Parnell, un rockeur indépendant. Pub, site internet, production de concerts, répétitions : Vincent Jager entend bien appliquer la méthode MBDA : patience, précision, et responsabilité.

Bio Express

Age : 35 ans
Formation :

  • 2009 : Lassé des transports, revient à Bourges, 7 mois de chômage. Intègre MBDA grâce à une lettre manuscrite
  • 2004 : Signe un CDI chez Auxitrol où il avait développé un capteur de pression en stage de fin d’études
  • 2002: Entre en classe prépa puis bifurque vers une licence professionnelle à l’Ecole supérieure des techniciens en électronique (ESTE) de Marne-la-Vallée
  • 2000 : Bac S au lycée Marx Dormoy de Champigny/Marne