Stocker des avions en temps de crise, un défi pour les compagnies aériennes

Stocker des avions en temps de crise, un défi pour les compagnies aériennes

18 mai 2020 0 Par Lucas Charoff

La crise du coronavirus est l’une des plus graves crises sanitaires et économiques que notre société ait jamais connues. Parmi les entreprises frappées par la crise, celles des secteurs touristique et aéronautique sont les plus durement touchées. Les compagnies aériennes font face à une baisse drastique de leurs activités (hors fret) et doivent donc prendre des mesures pour adapter leurs réseaux et leur flotte en ces temps de crise. Cela passe notamment par le stockage de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’avions. Tour de piste des mesures prises pour répondre à cette crise.

Les lieux de stockage

Les flottes des compagnies françaises comme Air France, Corsair International ou Air Caraïbes comptent entre quatre et plusieurs centaines d’appareils dans le cas d’Air France (225 pour être précis). La gestion des flottes immobilisées au sol à cause du coronavirus est donc un véritable casse-tête. Les compagnies choisissent pour la plupart de stocker la quasi-intégralité de leur flotte sur les plateformes aéroportuaires dans lesquelles elles sont basées. Les trois principales étant Paris Charles-de-Gaulle, Paris Orly et Toulouse, où Air France dispose de sites de maintenance.

Les aéroports étant sous-utilisés, les pistes et taxiways deviennent des lieux de stockage où sont entreposés la plupart des avions des compagnies européennes. Fermé depuis le 31 mars, l’aéroport d’Orly est devenu depuis le lieu principal d’entreposage des avions d’Air France.

Mais ces aéroports ne sont pas les seuls à servir de parkings géants aux compagnies. En effet, des industriels spécialisés dans le stockage et le démantèlement d’avions, comme TARMAC Aerosaves, sont sollicités par les compagnies pour entretenir leurs appareils pendant toute la durée du confinement. Répartis sur trois sites à Tarbes, Toulouse et Teruel en Espagne, la société dispose de places de parkings spécialement conçues pour accueillir des appareils de toute taille, et ce, pour une durée indéterminée. Ces sites en capacité d’offrir aux compagnies une solution pour stocker leurs avions, sont donc sollicités pour répondre à cette crise inédite.

Un entretien quotidien

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne suffit pas d’entreposer un avion sur un tarmac ou dans un hangar pendant des mois pour que celui-ci puisse redécoller au moment venu.

En plus de boucher les entrées d’air et de rendre l’avion totalement hermétique, les équipes d’entretien s’assurent du bon fonctionnement de l’appareil quotidiennement. En effet, le temps dégrade plus rapidement un avion lorsqu’il est au sol que lorsqu’il est en vol. Les circuits hydrauliques, les pneus, l’électronique embarquée ou les moteurs doivent donc régulièrement être mis en marche et sollicités afin d’éviter toute usure des matériaux. Les réservoirs de fuel et l’eau sont quant à eux en partie vidangés, afin d’éviter l’oxydation prématurée de leurs parois.

Gestion de flotte

Cette crise sanitaire pousse de nombreuses compagnies à se restructurer et revoir leur plan de développement de flotte. Ces dernières semaines, de nombreuses compagnies internationales ont annoncé retirer de leurs flottes leurs plus anciens avions, notamment les quadriréacteurs gourmands en carburant. Ainsi, Lufthansa, Air France ou encore British Airways ont annoncé avoir retiré provisoirement, dans un premier temps, puis définitivement certains de leurs anciens 747-400, A340-300 et -600 voire les récents A380.

La plupart des avions n’appartenant pas en propre aux compagnies mais à des sociétés de leasing, des industriels spécialisés, comme TARMAC Aerosave, sont chargés de stocker et d’entretenir ces avions pendant la durée nécessaire, avant de les relivrer à leur opérateur ou propriétaire. Grâce à des parkings renforcés et à des procédures de maintenance réglementées, ces industriels dits “MRO” peuvent entretenir les avions pour une durée variant de deux semaines à 1 an ou plus si besoin.

Cette crise rend donc incertain l’avenir de nombreuses compagnies aériennes et redessine le paysage d’un transport aérien qui connaît, pour la première fois de son histoire, une chute de 90% de son trafic.

Pour aller plus loin

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à visualiser la vidéo de Xavier Tytelman reprenant et détaillant le sujet :